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Editorial
Qu’ils s’appellent « Path to Growth », « Cash for Growth » ou bien «
Fuel for Growth », la plupart des programmes stratégiques des
entreprises se ressemblent étrangement dans leur approche. Tous
s’accordent à dire que la croissance est la seule voie pour progresser
de façon durable. Pour financer ce programme de croissance
indispensable à la pérennité de l’entreprise sans faire appel à des
capitaux supplémentaires, il n’y a pas d’autre alternative que de
commencer par baisser les coûts. La supply chain, prise dans sa
définition la plus large, à la savoir la gestion globale des flux de
l’entreprise depuis les clients jusqu’aux fournisseurs, est
naturellement la principale contributrice à ce programme de réduction
des coûts.
Nous pensons que ces approches sont vouées à l’échec, car elles mettent
tout simplement la charrue avant les bœufs, et n’intègrent pas, voire
nient les phénomènes de complexité qui prennent une importance toujours
croissante sous la pression du couple automoteur
globalisation/consommateur hyper-exigeant. Elles supposent en effet
implicitement, qu’une partie de l’entreprise, la supply chain, va
travailler à réduire les coûts, et que de façon indépendante, l’autre
partie de l’entreprise va récupérer cet argent pour l’investir dans des
projets de croissance. Cette vision « mécanique » qui a fait ses
preuves jusqu’au milieu des années 80, n’est plus adaptée à la
complexité grandissante du monde d’aujourd’hui et de demain.
Nous pensons que pour construire une supply chain pérenne qui soit pour
l’entreprise, le vecteur central d’une croissance durable, il est
nécessaire de développer une approche différente basée sur une
interaction permanente et organisée entre toutes les fonctions de
l’entreprise. Pour paraphraser la citation célèbre de Georges
Clémenceau à propos des militaires : « La supply chain est une affaire
trop sérieuse pour être confiée à des logisticiens ». Les logisticiens
ont bien entendu un rôle primordial dans le développement de la supply
chain de leur entreprise, mais son design doit être cohérent avec la
stratégie de tout le business.
Ainsi, si l’entreprise est centrée sur ses clients, la priorité de la
supply chain sera la qualité de service plutôt que la baisse des
stocks. Si l’entreprise se distingue par ses innovations produits, la
supply chain devra être configurée pour accélérer l’introduction de
nouvelles activités. Nous voyons par ces exemples simples que les
solutions pour l’entreprise doivent être élaborées de façon intégrée,
et au lieu d’avoir une partie de l’entreprise qui s’attaque à la baisse
des coûts, et l’autre partie qui œuvre pour la croissance, l’entreprise
dans son ensemble et de façon congrue, doit définir le chemin vers un
succès durable.
Ces principes d’action semblent évidents, mais la réalité quotidienne
des entreprises montre qu’ils sont rarement appliqués, car la baisse
des coûts n’est plus aujourd’hui une option, mais la condition sine qua
non pour rester dans la course. Pour faire face au défi complexe de
baisser ses coûts pour rester en vie, et d’obtenir un avantage
concurrentiel en se différentiant (par une stratégie Client, Produit ou
d’excellence opérationnelle) nous pensons que les entreprises devront
s’inspirer des systèmes complexes par excellence, les êtres vivants.
Dans le film « Master and Commander », le naturaliste Stephen Maturin
montre au Capitaine Jack Aubrey, un phasme, un insecte qui ressemble à
une brindille afin de tromper ses proies. Ceci donne à Aubrey l’idée de
camoufler son bateau de guerre en baleinière afin de surprendre le
bateau ennemi, deux fois plus fort que le sien. Grâce à ce subterfuge,
Aubrey réussit à terrasser son adversaire. Les entreprises devraient
penser comme Aubrey lorsqu’elles sont confrontées à un problème
complexe où il n’y a pas de solutions évidentes.
L’idée n’est pas nouvelle. Sans remonter à Aristote et à son organon,
Auguste Comte avec son positivisme, en inventant le mot sociologie, fut
le premier à établir une parenté entre les sciences humaines et la
biologie, qui va bien au-delà de l’homophonie entre les deux sciences.
De cette idée est née le concept d’organicisme, qui propose de
s’inspirer des systèmes vivants pour définir les organisations
humaines. Par sa vocation transversale et systémique, mais aussi sa
fonction opérationnelle délimitée, la supply chain peut être assimilée
à la colonne vertébrale de l’entreprise ; elle présente ainsi un champ
d’étude naturel au principe d’organicisme appliqué à la gestion.
Aujourd’hui, le concept de supply chain pérenne, que nous appelons
également supply chain organique, pour l’inspiration qu’elle tire de la
biologie, n’est encore qu’à l’état d’ébauche, mais déjà, plusieurs
ouvrages ont tracé les lignes de ce qui donnera un avantage compétitif
durable aux entreprises qui en auront la maîtrise.
Cette rubrique propose les résumés d’articles et de livres, qui vous permettront :
- De comprendre l’importance d’avoir une vision d’ensemble large,
plutôt que parcellaire et spécialisée pour faire face au défi de la
complexité (Eduquer pour l’ère planétaire. Edgar Morin, Raul Motta,
Emilio-Roger Ciurana)
- De voir une illustration des principes d’organisation du vivant, au management (Surfing the Edge of Chaos, Richard Pasquale)
- D’avoir une première vision technique de l’application de
certains de ces principes au management de la Supply chain (Advanced
Supply chain Management, Poirier)
- De découvrir les perspectives tentaculaires, qu’offrent internet à la supply chain (Value Nets, Bovet et Martha).
- De conclure par une vision révolutionnaire qui transpose les lois
de la génétique à la supply chain, en positionnant cette dernière comme
la compétence clef ultime des entreprises (Clockspeed, Fine)
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